Réussi de bout en bout, The Wrestler n'est pas le film qu'on attendait d'Aronofsky mais tout simplement le film qu'il fallait. Pas seulement pour nous mais aussi et surtout pour Mickey Rourke. Rendre honneur à cet acteur d'exception capable de véritablement fusionner avec son personnage de catcheur. Une vraie performance qui va de pair avec l'ingéniosité d'un réalisateur qui s'impose comme l'un des plus doués de sa génération.
La force de The Wrestler réside sans nul doute dans sa capacité à nous happer sans faire preuve de spectacularisme. Dans le dos de Mickey Rourke, la caméra suit chaque geste, chaque déplacement sans jamais nous lasser. La mise en scène sobre et pertinente est au service de l'extraordinaire présence de l'acteur. Aronofsky nous plonge dans le coeur de ce catcheur usé par les shows et ne nous lâche plus jusqu'à la dernière image. The Wrestler représente un aboutissement à la fois pour l'acteur mais aussi pour le réalisateur. Un film à ne pas mettre devant tous les yeux car violent dans son propos et ses scènes mais qui apparaît absolument nécessaire pour le cinéma américain.
Pour peu qu'il n'ait jamais entendu de parler de Mickey Rourke, le spectateur lambda de The Wrestler ne fera aucune distinction entre le personnage et l'acteur. Tout juste pensera t'il qu'il s'agît d'un ancien catcheur reconverti comédien qui joue dans un film autobiographique. Car Rourke ne fait pas qu'habiter son personnage, il l'incarne physiquement - j'insiste sur le physiquement car ce mot doit être perçu à sa juste et haute valeur - comme si chaque partie de son anatomie cachait un bout d'histoire de Randy, le catcheur en fin de carrière. Et lorsque l'on connaît un minimum la personne, on est forcément troublé par les similitudes de la vie de l'homme et de celle de l'être fictif. Aussi serait-on tenté de fusionner le nom du personnage, Randy, avec celui de l'acteur, Rourke, pour un résultat qui ferait râcler la gorge : Randyrke.
Pourtant au premier abord, The Wrestler ne semble pas raconter beaucoup de choses, juste une simple tranche de vie d'une vieille carcasse. Celle d'un catcheur en fin de parcours et dont le corps subit les contre-coups d'excès de lumières sur le devant de la scène. Une scène qui meurtrie, cisaillant la peau de cicatrices, marquant les muscles d'inflammations. Des blessures qui ne peuvent plus se cacher à force de rafistolages intensifs allant à l'encontre de la santé (dopage, protéines en masse, créatine, etc). Si The Wrestler parvient à nous captiver aussi bien, c'est aussi parce que le réalistateur a eu l'intelligence et les compétences d'utiliser Rourke exactement comme il le fallait. Il a su capter chaque parcelle de son corps pour mieux les intégrer à l'histoire. Tant et si bien que le métrage dans son ensemble ne représente plus rien d'autre que le corps de Randyrke. Ce n'est plus le personnage/acteur qui fait parti du film mais le film qui fait parti intégrante de Randyrke, devenant ainsi un témoignage des marques du temps.
The Wrestler est un film simple dans la mesure où sa mise en scène et son propos sont limpides. Il ne trompe jamais et pourtant il surprend. Il surprend par son parti pris qu'il ne trahit à aucun moment, celui de montrer les faces cachés, faces cachées des corps, faces cachées de l'esprit, faces cachées de la vie - chose assez rare dans le cinéma américain. En effet, ici on nous montre des personnages qui, sous leur apparence séduisante et lisse, se révèlent profonds et profondément blessés (dans tous les sens du terme). Des personnages qui doivent subir chaque jour les conséquences de leur profession, des professions fondées sur le paraître et la performance. Des conséquences qui ne font pas qu'user puisqu'elles sont mortelles. Aussi, n'est-il pas étonnant que le catcheur Randy s'accoquine avec la stripteaseuse Cassidy (incarnée par Marisa Tomei). Tous deux se retrouvent et finalement s'acceptent hors des projecteurs sous leur vrai jour, leur vraie réalité.
Avec The Wrestler, Darren Aronofsky s'impose définitivement comme l'un des meilleurs réalisateurs américains. Exigeant dans son traitement et qui se refuse à toute concession qui desservirait son propos. The Wrestler c'est bien évidemment et surtout le retour au sommet d'un acteur dont la carrière était, il n'y a pas si longtemps, considérée comme foutue. Un acteur qui se distingue des nombreux autres par son parcours atypique mais surtout par sa présence inouïe à l'écran.