On n'attendait pas grand chose de cette nouvelle adaptation de Hulk et c'est tant mieux. Non pas que le film de Louis Leterrier soit mauvais, il est juste honnête et prévisible. Autrement dit, il répond parfaitement au cahier des charges imposé par les producteurs. Au final, on sort de la salle, un peu comme on est rentré. Cela aurait pu être pire si Edward Norton n'avait pas accepté le rôle-titre...
Avouons-le. La présence de Edward Norton, acteur ô combien talentueux, au générique de L'incroyable Hulk, apporte un intérêt qui dépasse celui-la même du super-héros vert que nous connaissons. Il n'est donc pas difficile d'imaginer que le long-métrage tout entier lui doit une fière chandelle. Sans lui en effet, il nous aurait fallu supporter une bouillie de pixels, certes bien cuisinée, mais bien trop lisse pour prétendre à nous émouvoir et à nous transcender. L'acteur ajoute une dimension que l'on aurait certes aimé voir davantage exploitée par le réalisateur, mais qui permet de donner une profondeur quelque peu inattendue à cette deuxième adaptation de Hulk au cinéma.
Fraîchement débarqué à Hollywood après avoir oeuvré dans les productions Besson (Le Transporteur, Danny the dog), Louis Leterrier semble s'être parfaitement intégré au système industriel du film américain. Comme quoi, la formation de sieur Luc est un plan d'avenir pour une carrière toute tracée dans les studios hollywoodien. Modelé pile poil comme il le faut, Leterrier avait de quoi convaincre des producteurs avides de profiter des juteuses licences Marvel de lui donner la casquette de director pour un film non moins conforme. Le frenchie se plie avec tout ce qu'il y a de plus banal aux restrictions américaines, pour livrer une adaptation cohérente et fidèle à l'esprit du comics. Ici pas de bavures, on joue la carte de la sécurité. Si les producteurs et le "grand public" (avec tout ce que ce terme représente en tant que masse critique au sens péjoratif) peuvent être satisfait de la copie rendue. Les autres ne devraient pas garder un bien grand souvenir de cette succession de scènes prévisibles.
Vivant reclus dans un des quartier les plus pauvres de Rio, Bruce Banner fuit constamment et cherche le moyen de contrôler sa colère - qui a la facheuse habitude de réveiller un géant monstre du nom de Hulk - à défaut de trouver un remède à son mal. Dans sa quête de guérison, il retrouve sa bien-aimée mais doit très vite faire face à son beau-père, qui n'est autre que son ennemi, le général Ross, dont le but est d'utiliser son monstre à des fins militaires.
Alors certes Norton sauve la baraque en y ajoutant ses propres ingrédients, mais c'est hélas trop peu pour permettre au film de prendre une envergure autre que celle pour laquelle il a été façonné. Impossible de s'écarter des sentiers battus et c'est bien dommage. Ici, pas de vision originale d'un héros pourtant aux antipodes des autres plus connus (Spiderman, Superman et consorts). Et si l'entame du film est plutôt encourageante, explorant le personnage principal - Bruce Banner alias Hulk - de manière subtile, dans les favelas de Rio, il faut très vite se résoudre à accepter la trame convenue et les habituelles séquences de castagnes superficielles. En ce sens, cet Incroyable Hulk a de quoi surprendre, mais son propos basique prend trop vite le dessus pour nous faire oublier que nous sommes face à une pompe à fric.
Bien évidemment, les scènes d'action sont dignes du standing du moment, mais on ne peut que déplorer l'approche trop rigide du personnage de Hulk animé. Difficile en effet d'y voir une quelconque trace de Norton dans la peau de ce géant vert (à cet égard, le mal-fichu Hulk de Ang Lee proposait un travail plus intéressant à ce niveau là). On oubliera aussi la prestation de Liv Tyler, qui n'a pas grand chose à défendre, la pauvre, tout comme on regrettera que les personnages de William Hurt et Tim Roth soient si peu approfondis. Mais ce serait oublié justement le pourquoi de l'existence du film : satisfaire une demande commerciale et proposer du pré-mâché comme Hollywood sait si bien le faire. En ce sens, Louis Leterrier remplit parfaitement son contrat.